August Sander

Mettre face à face les bourreaux et les victimes : tel est le sujet principal de l’exposition Persécutés / Persécuteurs, des Hommes du XXe siècle au Mémorial de la Shoah, mais pas seulement. Nous pouvons voir 120 portraits réalisés par le photographe allemand August Sander (1876-1964) répartis en plusieurs thématiques.

Ce qui constitue le point central de l’exposition, c’est la mise en regard de dix portraits extraits du portfolio « Prisonniers politiques » de la prison de Cologne (1941-1944), face à douze autres portraits de membres du parti nazi, des jeunes hitlériennes aux soldats et officiers, de 1935 à 1941.

Également visible, des travailleurs étrangers entre 1941 et 1945, ainsi qu’une quarantaine d’images des Juifs de Cologne, non retenues pour le projet « Hommes du XXe siècle ». Ce dernier fut le grand projet personnel du photographe. Soit à l’origine le portrait de la société allemande après la première guerre sous la république de Weimar . Des individus de toutes les classes et catégories sociales : artistes, paysans, fonctionnaires, chômeurs, handicapés…

Il faut connaître la vie d’August Sander pour comprendre ce travail. Né en 1876 en Rhénanie-Palatinat d’un père mineur, il devient rapidement photographe. Il fonde son studio à Cologne en 1910 et se spécialise dans le portrait. Cela lui fera connaître de nombreux artistes de son temps. Sans doute influencé par le mouvement des Progressistes de Cologne, Sander mène donc en parallèle de son travail de commande un projet, des portraits représentatifs de la société allemande. Cela deviendra un livre, Visage d’une époque (Antlitz der Zeit) publié en 1929. Qui sera interdit sous le régime nazi. Visage d’une époque est intégré au parcours de l’exposition.

August Sander fut témoin de la barbarie nazie tout en devant continuer malgré tout son œuvre, même touché dans sa chair : son fils Erich est emprisonné en 1934, pour appartenance au Parti communiste (Il est parmi les « Prisonniers politiques » cités plus haut). Erich meurt au bout de dix ans de détention. Son père photographiera son masque mortuaire. Et fera un véritable mausolée en sa mémoire, visible dans l’exposition. Au cours de la guerre, August Sander déménage par sécurité ses archives à la campagne en 1942. Son studio de Cologne est bombardé deux ans plus tard.

Après sa disparition en 1964, il laisse 40 000 photos. Ses descendants poursuivent un travail titanesque de publication de son œuvre, classée aujourd’hui en 45 portfolios.

Le travail d’une vie d’un des pères du style documentaire, dont nous pouvons admirer un fragment jusqu’au 15 novembre 2018. (Exposition organisée avec le concours de la Fondation August Sander et le NS-Dokumentationszentrum de Cologne).

Légende :

August Sander, Manœuvre, 1929. Tirage gélatino-argentique, 1990.

August Sander, VI/44/5, Persécutée, Portfolio VI/44 — La Grande Ville, Persécutés, 1938. Tirage gélatino-argentique, 1990.

 © Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur – August Sander Archiv, Cologne; VG Bild-Kunst, Bonn; ADAGP, Paris, 2018. Courtesy of Gallery Julian Sander, Cologne and Hauser & Wirth, New York. 

waltersaraiva Auteur

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