Sergio Leone à la Cinémathèque Française

Lorsque l’on évoque Sergio Leone, immanquablement viennent à l’esprit les mots « western spaghetti ». Outre le fait que cette expression est réductrice (et créée aux États-Unis par jalousie envers un européen s’appropriant un genre dont les américains s’estiment propriétaires), elle escamote tout un pan de l’œuvre du maître italien.

  L’exposition de la Cinémathèque Française nous fait redécouvrir l’un des plus grands réalisateurs européens. Pour commencer, est montrée l’histoire de la famille Leone au cinéma. Nous avons tendance à l’oublier, mais Sergio Leone, né en 1929, est un enfant de la balle. Son père, Vincenzo Leone, était acteur et réalisateur à l’époque du muet. Pour cacher son activité à sa famille, il se fait appeler Roberto Roberti. En clin d’œil à son père, Sergio Leone réalise son premier western, Pour une poignée de dollars (1964), sous le nom de Bob Robertson, qui signifie « fils de Roberto Roberti ». Sa mère, Edvige Valcarenghi, était actrice sous le nom de Bice Waleran.

C’est parmi les collègues de son père que Sergio Leone apprend le métier. Il travaille pour Mario Bonnard, Carmine Gallone, Mario Soldati… Il fait aussi quelques apparitions en tant que figurant. Nous pouvons le voir à l’exposition apparaître dans une scène du Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica (1948), en jeune séminariste s’abritant de la pluie ! Il travaille également pour les réalisateurs étrangers qui tournent en Italie, comme William Wyler pour Ben-Hur (1959). Nous pouvons également voir de très nombreuses photos de tournage de l’époque où il était assistant, photos issues entre autres de la famille Leone ou de la Fondation Cineteca di Bologna.

Les influences du réalisateur sont enfin exposées. Outre une partie de sa bibliothèque privée exposée au public, nous avons la surprise de découvrir que la plupart de ses plans sont en fait inspirés de toiles de maîtres, à travers un comparatif tableau / scène de film. Des toiles de Goya, Hopper, Degas… Évidemment, le cinéma a aussi une part, Leone étant marqué par les films de son enfance de John Ford ou Charles Chaplin.

Les débuts dans la réalisations se font dans le péplum, avec Les Derniers jours de Pompéi (1959), en remplacement de Mario Bonnard, malade. Suivra un autre péplum deux ans plus tard, Le Colosse de Rhodes. Inspiré par Yojimbo d’Akira Kurosawa (1961), Leone transpose l’histoire de ce film dans l’univers du Far West et ainsi réalise son premier western Pour une poignée de dollars, premier de la « trilogie du dollar » (avec Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la brute et le truand, 1965 et 1966).

Impossible de passer à côté de la collaboration entre le réalisateur et Ennio Morricone. Nous avons la surprise de découvrir dans les photos d’enfance de Sergio Leone que ce dernier et le grand compositeur italien furent camarades de classe, avant d’emprunter des voies différentes et de se retrouver autour du cinéma. A la différence de ce qui se fait habituellement, il était demandé à Morricone de composer sa musique indépendamment du tournage. Elle servait ensuite pour influer le jeu des acteurs.

Enfin, une partie de l’exposition est consacrée à son monument : Il était une fois en Amérique (1984), une histoire d’ amitié et de trahison, de la prohibition à l’époque contemporaine. Considéré comme la conclusion de sa deuxième trilogie sur l’Amérique (Après Il était une fois dans l’ouest et Il était une fois la révolution, 1968 et 1971), c’est un projet de presque 15 ans qui aboutit dans la douleur. Incompris à sa sortie, le film est massacré. Le studio Warner refuse le premier montage de 4h25, raccourci le film et surtout anéantit ce qui en fait sa particularité, une histoire où l’on voyage entre les différentes époques, pour un montage chronologique et linéaire. C’est cette version qui sort aux États-Unis, la version originale sortant en Europe. Ce n’est qu’en 2012 qu’une version la plus fidèle possible à la vision de Leone sort sur les écrans, mais il semble que malgré tout une partie du film soit perdue à jamais (Il y avait de la matière pour selon les sources, entre six et dix heures de film).

Ecoeuré et attristé, Sergio Leone ne tournera plus jamais. Il meurt d’une crise cardiaque en 1989 en visionnant Je Veux vivre de Robert Wise. Ainsi restera pour toujours en tant que projet un film qui sait-on jamais, aurait pu être aussi monumental que sa dernière œuvre : Les 900 jours de Leningrad, d’après le livre de Harrison Salisbury.

Un grand merci à la Cinémathèque française et la Fondation Cineteca di Bologna pour cette remarquable exposition, visible jusqu’au 27 janvier 2019.

Walter Saraiva

waltersaraiva Auteur

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