Camilo Leon-Quijano fait exploser les clichés à Sarcelles

Entraînement au stade Nelson -Mandela (Sarcelles). © Camilo Leon-Quijano

Colombien, Leon-Quijano s’est installé depuis plusieurs années à Paris pour ses études. En 2016-2017, il a réalisé un photoreportage sur un groupe de filles du collège Chantereine de Sarcelles : « Les rugbywomen de Sarcelles : plaquer les stéréotypes ». Ce travail a été notamment récompensé par le Grand Prix de la 15e édition du concours de photoreportage étudiant organisé par Paris Match.
Photographe et chercheur, chercheur et photographe : les deux aspects sont, pour Camilo, totalement liés.

En dépit de son image de sport brutal, le rugby promeut des valeurs telles que le travail d’équipe, le respect, la discipline, l’humilité et la solidarité. En outre, cela encourage la confiance en soi et l’acceptation de soi. © Camilo Leon-Quijano

Qu’est-ce qui conduit un étudiant colombien à s’inscrire à l’EHESS*… et à faire de Sarcelles un sujet de recherche ?

Je suis arrivé à Sarcelles en 2014. À ce moment-là, je faisais des ateliers photographiques en Colombie, à Medellín. J’ai proposé d’en animer en Ile-de-France dans le cadre d’un projet d’université populaire nommé UPOPA (Université populaire audiovisuelle). C’est dans ce cadre que j’ai réalisé des ateliers photographiques à l’Association « Du côté des femmes ». Ensuite, j’ai décidé de proposer un projet de recherche sur l’expérience urbaine et visuelle à Sarcelles dans le cadre d’un doctorat à l’EHESS.

Ta thèse de doctorat en cours s’appuie sur la photographie: peux-tu préciser ta démarche de chercheur-photographe et de photographe-chercheur?

La thématique est la sociologie visuelle. En résumé il s’agit d’employer la photographie comme un moyen pour comprendre les faits sociaux. J’emploie l’image comme un moyen pour comprendre la façon dont les gens vivent dans cette ville. D’un côté, en faisant moi-même des photographies ; de l’autre, en utilisant des photographies faites par les habitant·e·s de cette ville.

Tu as été primé par le grand prix Paris Match 2018 pour ton reportage sur les « rugbywomen du collège Chantereine ». Quelle explication (outre la qualité photographique) donnes-tu de ce choix ?

Je pense que c’est un choix lié à l’angle photographique du sujet. Ce projet visait à mettre en valeur le travail mené par les jeunes joueuses de rugby du collège Chantereine par le biais de la photographie. J’ai traité la thématique « banlieue » du point de vue d’un groupe de jeunes femmes en essayant de « casser » certains stéréotypes liés au genre ou à la ville. Je pense que c’est peut-être pour cela que le jury a préféré mon sujet.

Quelles leçons as-tu tirées de ton immersion à Chantereine et dans le quotidien des filles ?

C’était une belle expérience vécue dans la durée. En étant avec elles j’ai démystifié une certaine image stéréotypée des jeunes qui habitent dans certains quartiers de banlieue. J’ai pu réaliser une première restitution de ce travail lors de l’exposition faite au collège en juin 2017 : une expo-photo en large format avec plus de 180 mètres linéaires d’impressions collées sur les murs du collège.

Pour les lecteurs du BIP, peux-tu préciser quels appareils que tu as utilisés, et pourquoi? Pourquoi aussi ce choix du noir et blanc

J’utilise des appareils numériques, principalement des Nikon avec deux objectifs fixes : un 28mm et un 50mm. Le choix du noir et blanc est lié à deux choix : le premier, un choix esthétique, il renforce les formes, cela donne de la force aux images car on se concentre sur les lignes. Je voulais faire ressortir la force du rugby par la photographie. Le deuxième choix est plutôt « sociologique ». L’image n’est pas une reproduction fidèle de la réalité mais une reconstruction qui passe aussi par un processus de postproduction. C’est pour cela que j’ai décidé de travailler en noir et blanc (en numérique), pour casser cette idée du « réalisme sociologique » par l’image[1].

* EHESS : École des hautes études en sciences sociales («grand établissement» public d’enseignement supérieur et de recherche).

Entretien réalisé par Luc Bentz
pour le club «Belles Images» de Sarcelles

(Les légendes des photos de Camilo sont adaptées à partir de celles de l’auteur.)

Journée d’entraînement sous la neige au collège Chantereine . À l’arrière-plan, les logements sociaux de Sarcelles.

En savoir plus…

Les rugbywomen de Sarcelles : plaquer les stéréotypes peut être vu en ligne (diaporama sonore) sur le site Vimeo : https://vimeo.com/239641834. Sur son parcours et sa démarche «sociophotographique», voir aussi cet entretien sur le site de l’EHESS : https://huit.re/CamiloLQ.

© Luc Bentz

Qui est Camilo Leon-Quijano ?

Né à Bogota en Colombie, où il a vécu jusqu’à 18 ans, Camilo est un photographe indépendant et un sociologue. C’est en Europe qu’il aura conduit son parcours universitaire. Il a obtenu successivement une licence de science politique à Bologne et deux masters (sociologie et études latino-américaine à Paris III à l’institut des hautes études d’Amérique Latine de l’université Paris III « Sorbonne nouvelle » ; études de genre à l’EHESS). Il est actuellement doctorant en sociologie et chargé de cours à l’EHESS.

Il a obtenu les distinctions suivantes :

  • Grand Prix du Photoreportage Etudiant Paris Match (2018)
  • Prix du Mémorial Rachel Tanur pour la sociologie visuelle (USA, 2018)
  • 6e festival Lumix du Jeune Photojournalisme (Hanovre, Allemagne ; 2018) : exposant
  • Journées internationales de photojournalisme (Japon, 2018) : finaliste
  • Fondation Robert Lemelson/Société pour l’anthropologie visuelle (2017) : boursier
  • Prix Diapero du diaporama sonore Libération/Fisheye Magazine (2017) : 1er prix
  • Journées photographiques de Lugano 2017 (Suisse) : finaliste
  • Prix Photographique de l’EHESS 2017
Pour ces jeunes filles, le rugby a été un moyen de responsabilisation pour surmonter les difficultés et gagner en confiance. C’est aussi un outil pour inverser les stéréotypes de genre, sociaux et raciaux et pour changer l’image des jeunes filles vivant dans les banlieues françaises. © Camilo Leon-Quijano

 

 

 

 

 

 

LucBentz Auteur

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